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La mare de Bonheur-ville sous les déchets

À l’occasion de la COP29, j’ai eu envie de vous parler d’un milieu naturel à deux pas de chez moi : la mare de Bonheur-ville, à la périphérie de Ouagadougou. Avant, la mare nous apportait de la fraîcheur dans le quartier. Mais ça, c’était avant que l’homme ne mène des actions néfastes contre ce lieu...

Des fleurs, des nénuphars, la nature, la mare de Bonheur-ville.
Crédit : Barskefranck via Pixabay

En 2015, j’ai aménagé dans un nouveau quartier avec mes parents. Ayant pris quelques jours pour défaire nos bagages et prendre nos aises dans la nouvelle maison, j’ai commencé à découvrir ce lieu, loin de la ville. En effet, notre nouvel habitat se trouvait dans les quartiers périphériques de la ville de Ouagadougou. Il fallait parcourir de longues distances pour rejoindre la voie bitumée, faire ses courses ou rendre visite à la famille. De même, la zone était dépourvue d’électricité. Les journées étaient chaudes et les nuits insupportables à cause des moustiques. Cependant, dans cet endroit reculé de toute civilisation, il se trouvait la mare de Bonheur-ville, une petite étendue d’eau qui s’est formée grâce aux eaux pluviales et à la nappe phréatique qui s’y trouve.

L’origine de la dégradation de la mare

En découvrant mon quartier, je m’intéressais à la mare de Bonheur-ville. Selon les autochtones, elle constituait un élément primordial de l’environnement du quartier. Elle atténuait la chaleur du milieu ambiant, regorgeait de poissons, favorisait le maraîchage et l’ouverture de débit boisson pour les riverains. L’endroit était franchement très beau et apaisant. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin.

En 2016, le quartier Bonheur-ville fut électrifié. Les familles des villes se sont déplacés vers des constructions abandonnées depuis des années à cause de l’absence d’électricité. Le nombre d’habitants augmentait considérablement chaque jour. Les immondices des ménages s’entassaient en tas. La température circonvoisine était en hausse, par le simple fait que le nombre de voitures ou de motocyclettes croissait aussi.

En ce temps-là, les sociétés de ramassage des déchets ménagers se comptaient sur le bout des doigts. Les rares qui étaient présentes avaient des tarifs élevés. Il fallait compter en effet entre 1500 ou 2500 FCFA par mois pour se faire vider sa poubelle. Pour certains foyers, il s’agissait d’un montant exorbitant.

Le manque de volonté des habitants à se mettre en communauté pour pallier l’absence de poubelle poussèrent certaines familles à jeter leurs immondices dans le quartier. Elles avaient l’ingéniosité de les mettre dans des sacs. Ils les attachaient bien et les jetaient la nuit loin des regards indiscrets. Dans ce cas de figure, deux scénarios se produisirent. Premièrement, les animaux laissés en divagation déchiraient les sacs à la recherche de nourriture. La conséquence était que le lieu d’habitation devenait sale. Deuxièmement, les personnes curieuses ouvraient les sacs déposés avec soin par leurs propriétaires, à la recherche d’objets en bon état pour s’en approprier ou les revendre. Ne se donnant plus la peine de laisser les sacs à l’état initial, les déchets se retrouvaient à nouveau dans la nature.

La situation commençait à agacer les familles. Ces dernières voyaient la devanture de leurs maisons salie. Les aide-ménagères devaient encore passer le balai pour rendre le lieu propre. Je me rappelle que certains voisins ont failli en venir aux mains à cause de leur conduite. Le quartier était en ébullition ce jour-là ! Pour calmer la tension, les détenteurs de poubelle proposèrent donc à ceux et celles qui n’en avaient pas, de jeter leurs déchets ménagers dans les leur. Mais comme le disait Georges Courteline :  » L’orgueil, l’éternel orgueil, le besoin de briller et d’étonner le monde par des mérites que l’on n’a pas !« . Ils refusèrent en prétextant avoir les moyens de s’acheter une poubelle et de faire l’abonnement. Balivernes ! La réalité était tout autre.

Un dépotoir public

L’état actuel de la mare de Bonheur-ville. Crédit : Leaticia Marie Eliane Nabi

Il faut reconnaître que l’être humain est doté d’une intelligence extraordinaire. Elle peut être bénéfique ou destructrice. Les voisins « sans poubelles » ont décidé de déverser leurs immondices dans la mare de Bonheur-ville. Cependant, ils n’étaient pas les premières personnes à le faire. De nombreuses personnes profitaient de la nuit pour y jeter discrètement leurs ordures. En un clignement des yeux, la magnifique mare est devenue un dépotoir à ciel ouvert. Tout y est ! Des meubles usés, des vêtements, des carcasses de motocyclette ou de voiture, des animaux morts sont entre autres les nouveaux vestiges de la mare.

Des vendeurs de ferraille se sont installés à coté de la mare. Ils ont ajoutés ainsi donc plus de déchets dans cet ancien oasis. L’eau qui y restait, a changé de couleur à cause de la rouille. Il fallait également cohabiter avec l’odeur nauséabonde qui s’en dégageait. En étant à la maison, je sentais cette odeur transportée par le vent. De jour en jour, le dépotoir ne fait que s’élargir. J’ai l’impression que les anciens et les nouveaux habitants se sont habitués à la situation. En effet, aucune initiative n’est proposée par les responsables du quartier ou les habitants. Chacun se contente d’éviter d’avoir les ordures devant sa porte.

Une fêlure environnementale

Dans la nature, chaque élément occupe une place spécifique et joue un rôle. La présence d’une mer, d’un lac, d’une rivière ou d’une mare est un patrimoine naturel à protéger. Leur dégradation ou destruction occasione malheureusement des conséquences que l’être humain ne perçoit pas dans l’immédiat. Avec la disparition de la mare de Bonheur-ville, la chaleur devient de plus en plus insupportable. De même, la putréfaction des ordures ménagères et des animaux morts rend l’air irrespirable. Cet état de fait poussait certaines personnes à rejoindre les endroits agréables.

Notons qu’en 2024, le Burkina Faso a enregistré des pics de chaleur hors du commun. En plus de la dégradation de certains écosystèmes, de l’absence de la ceinture verte prévue pour les quartiers périphériques comme le mien, les mares existantes qui apportaient un peu de fraîcheur, sont transformées en dépotoir. À ce jour, le manque de volonté politique de la part des responsables communaux maintient l’endroit toujours insalubre. La montagne d’immondices prend de l’ampleur, les journées sont très chaudes, les eaux pluviales détournées de leur trajectoire inondent les maisons, stagnent plus longtemps et favorisent les gîtes larvaires de moustiques. Le changement climatique doit être pris au sérieux. Il en va de notre survie !

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Auteur·e

yaamato