
Dans la matinée du 20 février, je fis un accident. Sur mon lit d’hôpital, j’avais du mal à bouger. Mes jambes me faisaient atrocement mal, mon bras droit était immobile et mon visage était indolent. Aussi, je remarquai que j’étais seule dans une salle d’hospitalisation, sans porte. Néanmoins, un rideau vert couvrait l’entrée. J’entendis la voix de ma petite sœur. Toute ravie, je voulus alors l’appeler. Mais je n’y parvenais pas. Ma bouche refusait de s’ouvrir. Je commençai à paniquer, car je remarquai que les personnes victimes d’accident en ressortait avec une jambe cassée, des traumatismes crâniens ou une dent cassée . Par chance, une bouteille d’eau se trouvait à côté de moi. Je la fis tomber pour attirer l’attention.
Mais personne ne l’entendit. Ne sachant pas quoi faire, j’observai la salle. Je vis donc que le ventilateur tournait timidement. La fenêtre était fermée. L’air dans la salle devenait chaud et je suffoquais. « Y-a-t-il une personne pour m’aider ? », je dis au fond de moi en espérant que l’on m’entende.
Les bruits autour de moi étaient diffus. Par contre, j’arrivais à distinguer les différentes sonorités. J’entendais, en effet, des pas haletants, les gyrophares des ambulances qui s’approchaient, repartaient telle une vague sur la plage et les cris déchirants des malades dans le couloir. Les médecins demandaient également aux accompagnants de sortir du bloc des urgences.
« Vous troublez le repos des malades ! », leur disaient-ils. Soudain, il s’installa un silence de mort. Tous les bruits s’étaient tus. Morphée me tendit ses bras et je voulus me blottir. Mais, je ne pus le faire. J’ignorais ce qui m’était arrivée et je me rappelais vaguement du drame que je venais de vivre. J’étais donc en quête de réponses.
Le regard fixé sur le rideau vert, je vis entrer une personne en blouse blanche. « Est-ce que c’est un médecin ou un infirmier ? », me suis-je demandée. Il s’avança vers la fenêtre, l’ouvrit légèrement, revint à mon niveau, se mit à m’ausculter et dit d’un trait :
- Demoiselle Eliane, vous avez été admise au bloc des urgences en ce jour à la suite d’un accident de la circulation. La partie droite de votre visage a subi un choc violent, entraînant temporairement la fermeture de votre œil. De même, votre lèvre supérieure est déchirée. Mon collègue spécialiste en maxillo-facial viendra vous examiner dans quelques instants. Avez-vous mal autre part ?
- Oui. Mon bras droit, ma jambe droite, mon cou, ma tête et ma bouche me font terriblement souffrir.
- Patientez, la traumatologue arrive.
Il sortit de la salle et fit appel à la traumatologue. Celle-ci entra et débuta son examen.
- Jeune fille, levez votre bras. Ensuite levez la jambe.
Je le fis, mais avec peine. J’avais si mal. Sans plus tarder, elle donna un bulletin d’examen à ma mère qui était à l’extérieur. Sur le champ, une brancardière vint dans ma salle et poussa le lit en direction d’un lieu que j’ignorais. Elle n’avait aucune douceur. Dans les petits trous, elle y entrait et sous le soleil, elle y passait. En cet instant précis, je crus faire le tour de l’hôpital. Sans crier gare, elle s’arrêta brusquement. En réalité, nous étions devant la salle de radiologie. Les médecins ne perdirent pas le temps. Ils me firent monter sur le lit, placèrent leurs appareils et me remirent aussitôt à la brancardière. Nous entamâmes à nouveau notre parcours. Cette fois-ci, nous étions devant la salle de scanner. La traumatologue voulait se rassurer, comme je ne portais pas de casque, que ma tête n’eût pas subi un choc plus grave.
Je ne pus retenir mes larmes, car je me rendis compte que ma situation était grave. Entrée dans la salle de scanner, je fus émerveillée ! De toute ma vie, c’était la première fois que je voyais une technologie pareille. Tel pour le premier examen, les médecins firent rapidement leur travail et me remirent à la brancardière. Cette dernière me ramena dans ma chambre et s’en alla sans me dire un souhait quelconque de prompt rétablissement. C’était aberrant !
Toute seule à nouveau, je fixai le plafond en cherchant des réponses à l’accident que je venais de vivre plutôt dans la journée. Tout à coup, mes parents entrèrent dans la salle. Mon paternel n’arrivait pas à me regarder. Aussi, ma mère essayait de me sourire, mais j’apercevais du chagrin dans ses yeux. « Pourquoi n’arrivent-ils pas à me fixer du regard ? Avais-je un œil qui manquait ? La bouche déchirée ? une dent cassée qui me rendait irregardable ? ». Tata Florencia, une amie de ma génitrice, me dit ceci :
- Ma chérie, ne t’en fais pas. D’ici quelques heures, nous irons retirer les résultats des différents examens et rentrerons à la maison !
- D’accord. Seulement, je veux aller aux toilettes. J’ai une envie pressante.
- Les toilettes de l’hôpital sont peu hygiéniques. De même, je ne pense pas que tu puisses mettre un pied dehors, vu l’état dans lequel tu es. Je vais sortir et je reviens de suite.
Les deux femmes se suivirent et revinrent avec un sceau en plastique. Elles me demandèrent de me lever délicatement et de venir sur le sceau. J’étais choquée par la proposition et l’acte que je serai amenée à faire. Dans un sceau ? A l’hôpital ? Et si nous nous faisions prendre, quelles excuses pourrions-nous avancer ? Au regard de la confiance et de la détermination affichées par ces deux dames, je n’eus pas le choix. Tata Florencia tenait un pagne derrière moi et ma mère gardait l’entrée du rideau vert. Je fis rapidement ma besogne et me recouchai. J’espérais effacer l’acte humiliant que je venais de vivre.
La journée s’écoulait lentement et laissait place à l’après-midi. Mes parents faisaient des va-et-vient dans le couloir, en espérant voir le médecin en maxillo-facial annoncé plutôt. A notre grande surprise, celui-ci ne vint pas. Pourtant, ma tête me faisait terriblement mal et l’état de mon visage commençait également à inquiéter mes parents. Des médecins aux stagiaires présents, tous étaient effarés.
La première responsable entra et prescrivit plus d’analgésiques. Cependant, mon état ne s’améliorait pas. Ainsi, elle m’examina une nouvelle fois et vit qu’une de mes dents était cassée. Immédiatement, elle ordonna l’arrêt des analgésiques qu’elle prescrivit auparavant. Elle remit, en outre, une autre prescription à mes parents qui s’empressèrent d’acheter ce qui était écrit sur le papier.
En ce moment précis, je jetai un regard noir sur le premier médecin qui s’occupa de moi à mon arrivée aux urgences. Il tenta de fuir mon regard, mais je ne le quittai pas. Mes larmes se mirent de fait à couler comme les chutes du Niagara. Qu’allais-je donc devenir avec une dent cassée ? J’essayai de me mettre débout, mais je tombai. Toutefois, la volonté de parler au médecin était plus forte. Je rampai malgré la douleur, m’agrippai à sa blouse blanche et lui exprimai mon mécontentement :
- Ainsi Docteur, votre mauvais diagnostique aurait pu écourter ma vie. Depuis des heures, je suis entre les quatre murs de cet hôpital. On me trimbale de gauche à droite, sans se soucier de ce que je ressens. En quittant la maison, je n’imaginais pas me faire percuter par une voiture, être ici, souffrir la martyre et réaliser que j’avais une dent cassée. Pouvez-vous imaginer ma douleur ? Dès que votre entrée dans la salle, vous ne portez aucune considération à mon égard. Juste une patiente de plus, c’est ce que vous vous êtes dit, n’est-ce pas ? A cause d’un mauvais diagnostique docteur, je serais décédée sur ce lit tout dur.
- Demoiselle, calmez-vous !
- Me calmer ? Non docteur, je ne peux pas me calmer. En effet, votre manque d’humanisme aurait pu m’amener voir mes aïeux. Le regard plongé dans votre calepin, vous ne prîtes pas le temps de m’examiner avec minutie. Ma vie a-t-elle peu de valeur à vos yeux ? Avec une dent cassée, pensez-vous, que je serai encore attirante ?
Dans l’instant même, ma mère vint vers moi, me releva en priorité, me remit sur le lit, essuya aussi mes larmes et me couvrit avec son écharpe. Sans demander son reste, le médecin sortit alors de la salle, se confondit à ses collègues et disparut.